D’où viennent les gaz intestinaux ?

D’où viennent les gaz intestinaux ?

Les gaz intestinauxOn estime que dans le tube digestif, il y a en permanence entre 100 et 200 mL de gaz1. Ces gaz peuvent être à l’origine de symptômes gênants comme des flatulences, des éructations excessives ou encore des ballonnements. Les principaux gaz contenus dans le tube digestif en temps normal sont l’azote (N2), l’oxygène (O2), le dioxyde de carbone (CO2), l’hydrogène (H2) et le méthane (CH4)1. D’où proviennent-ils ? Qu’est-ce qui influence leur production ?

 

 

Le gaz intestinal peut avoir deux origines

  • Le gaz peut être ingéré. En effet à chaque bouchée et à chaque gorgée, on avale une petite quantité d’air. De plus, certaines situations font ingérer davantage d’air : lorsque l’on boit avec une paille, que l’on mâche un chewing gum ou lorsque l’on mange un plat très aéré comme de la meringue ou un soufflé. Une partie des gaz contenus dans le tube digestif vient donc de l’extérieur et rentre tout simplement par la bouche. On avale également une grande partie du gaz contenu dans les boissons gazeuses1.

Ingestion de gaz par l’alimentation

Production de gaz dans le tube digestif

 

  • Le gaz peut aussi être produit dans le tube digestif. Au niveau de l’intestin grêle, la production de gaz peut être due à des réactions chimiques à partir des aliments ingérés. Plus loin, dans le côlon, les aliments qui n’ont pas été totalement digérés auparavant sont « utilisés » par des bactéries qui les transforment en différents éléments – dont certains très utiles pour notre organisme – et, ce faisant, produisent des gaz. C’est ce que l’on appelle la fermentation1.

Production de gaz dans le tube digestif

 

Le rôle clé du microbiote intestinal dans la production de gaz intestinaux

La production de gaz dépend donc largement des bactéries que nous hébergeons ! Elles sont des milliers de milliards à vivre à la surface de nos muqueuses (sur la peau, dans la bouche, le tube digestif etc…)1,2.

On appelle microbiote intestinal (anciennement « flore intestinale ») l’ensemble des micro-organismes (bactéries, virus et champignons) présents dans le tube digestif. Au sein de ces microbes, les bactéries participent au fonctionnement de l’organisme, et ont un rôle important dans la digestion des aliments3. La composition en bactéries du microbiote, c’est-à-dire la présence de telle ou telle espèce, influence la quantité et le type de gaz produits. Ainsi, on a pu montrer qu’une certaine bactérie (Methanobrevibacter smithii ) était responsable de la majeure partie de la production de méthane (CH4)1.

La composition du microbiote intestinal est différente d’une personne à l’autre et évolue au cours de la vie. Un microbiote déséquilibré peut favoriser certaines maladies ainsi que des symptômes digestifs1-3. De nombreux facteurs peuvent modifier la composition du microbiote intestinal, comme l’alimentation, l’état de santé, le stress, les hormones, ou encore les traitements par antibiotiques. Il est aussi possible de rééquilibrer le microbiote intestinal en utilisant des prébiotiques (molécules favorisant le développement de certains bactéries bénéfiques) ou bien en prenant un probiotique (un micro-organisme qui exerce des effets positifs sur la santé)1–4.

Les aliments « flatulogènes »

Pour produire ces gaz digestifs, les bactéries ont besoin de nutriments non absorbés par l’organisme. Plus la digestion laisse des composants non digérés pour les bactéries, plus la production de gaz est importante. La digestion est différente pour chaque aliment. Certains sont plus propices à la production de gaz que d’autres (voir « Ces aliments qui donnent des gaz »). C’est notamment le cas de certains fruits et légumes du fait de leur richesse en glucides et en fibres alimentaires. Quelques aliments sont notoirement flatulogènes (comme par exemple les haricots)1,5.

 

Un équilibre entre les entrées et les sorties de gaz

L’évacuation des gaz intestinauxLe niveau de gaz dans le tube digestif s’équilibre en permanence entre les entrées (par ingestion ou par production locale) et les sorties. Sans cela, il y aurait rapidement une accumulation du gaz ! Une partie du gaz peut être absorbée par l’organisme, en se dissolvant dans le sang. C’est surtout possible pour le dioxyde de carbone (CO2), qui est généralement ingéré (boissons gazeuses) ou produit par réaction chimique au niveau de l’intestin grêle. Il est ensuite évacué par les poumons dans l’air que l’on expire1. Le gaz peut aussi être consommé par certaines bactéries du microbiote (les bactéries ne font pas que produire des gaz, certaines en consomment un peu)(1).

Enfin, tout le gaz qui n’est pas dissous dans le sang ou « consommé » sur place dispose de 2 portes de sortie :

  • Soit par l’anus (ce sont les flatuosités, ou plus familièrement appelés pets ou vents.)
  • Soit par la bouche (ce sont les éructations communément appelés rots)1.

Chez certains, une augmentation du volume de gaz dans le tube digestif, par exemple après un repas, peut provoquer des symptômes désagréables (voir : « Ballonnements : définition »).
Le volume des flatulences dépend directement de la production des gaz. Ainsi, les flatulences sont liées à la fois à l’alimentation et à la composition du microbiote (voir « Flatulences : définition »).

 

Références
1 : Bigard M-A, Peyrin-Biroulet L. Gaz digestifs. EMC, 2016.
2 : Ducrotte P. Abdominal bloating: an up-to-date. Gastroenterol Clin Biol. 2009;33(10-11 Suppl):F94–100.
3 : Microbiote intestinal (flore intestinale) [Internet]. Inserm. [cité 12 avr 2018]. Disponible sur: https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/microbiote-intestinal-flore-intestinale
4 : Manichanh C, Eck A, Varela E, Roca J, Clemente JC, González A, et al. Anal gas evacuation and colonic microbiota in patients with flatulence: effect of diet. Gut. 12 juin 2013;gutjnl-2012-303013.